Tap Water Jam : 10 ans déjà !
©Lou N’diaye
Tap Water Jam aura lieu du 14 au 17 mai entre La Sotterenea, le Centre Phi et Cat’s Corner, à Montréal. Au programme : party, concert, battle et ateliers. Célébration de la culture house, hip-hop et club, le festival fête aujourd’hui ses dix ans d’existence. L’organisatrice, Dominique Sophie, nous partage son bilan.
« Tap Water est vraiment le reflet de mon parcours », pense Dominique Sophie, organisatrice de l’événement, danseuse de house, enseignante et chorégraphe. Ainsi, il faut remonter à ses débuts pour comprendre la naissance de cet événement. « Je sors en rave depuis que j’ai 14 ans. Je suis, même avant de connaître la danse house, une club head, first and for most. Quand j’ai découvert la danse house en 2006, grâce à Marvin et Dazl, ça a été un véritable coup de foudre. Si fort que j’ai déménagé à New York pendant cinq ans. J’ai été choyée, c’est l’époque où il y avait des soirées chaque soir ! On était une centaine de danseur.euse.s de partout dans le monde à vivre comme on pouvait et à profiter de la ville », se souvient-elle.
Déjà à New York, Dominique organisait des sessions, avec son complice de longue date Theo Rafiki. « On faisait ça dans un petit studio, derrière un magasin de tuiles. On était souvent 15 au maximum. C’était un humble begining. Il y avait toujours des DJs avec nous, ça allait de soi et c’était aussi un espace pour apprendre à mixer », se souvient-elle. Quelques années plus tard, les deux artistes décident de déménager à Paris et organisent des « sessions Tap Water » qui sont rapidement devenues des soirées. « Theo a eu l’idée du battle tandem carré où on tire au sort les binômes au début de la soirée. Dès le départ j’étais inspirée à faire une version de Tap Water à Montréal et Theo m’a encouragé à le faire », poursuit-elle.
Ainsi, en 2012, Dominique rentre à Montréal. Elle commence à enseigner la danse house, participe à Danses Buissonnières en tant que chorégraphe, produit cinq pièces sur scène. En parallèle, elle part aussi en tournée en tant que danseuse, notamment aux côtés de Theo Parrish. En septembre 2016, elle se lance : elle loue le Théâtre Sainte-Catherine pour y tenir un premier événement. « Ce n’était pas très clair comme concept, mais ça ressemblait plutôt à une session, de 20h à minuit. Il y avait quand même du monde, la soirée était bien, et surtout, elle m’a aidé à mieux comprendre comment structurer, ou quoi proposer comme type de soirée, pour le futur, raconte-t-elle. Quand tu veux organiser un événement, il faut avoir une vision super claire, et en même temps être à l’écoute de ton public et de ta ville. Il ne faut pas changer ton idée pour eux, mais il ne faut pas non plus être déconnecté. Souvent, je trouve que les événements de streetdance qui réussissent ont une vision artistique claire et reflètent l’artiste en arrière », pense-t-elle.
©The Visuel Timekeeper
Année après année
Chaque année, Dominique ajoute des éléments et construit peu à peu ce qui deviendra Tap Water Jam. En 2017, elle collabore avec UnderPressure pour faire une soirée durant la Nuit Blanche. L’année suivante, elle met en place le battle tandem carré et invite pour la première fois des juges internationaux. Une habitude qu’elle gardera par la suite. « Ce sont souvent des personnes que j’ai connues, quand je vivais aux États-Unis, ou en Europe. Et ça permet aussi d’amener des publics d’ailleurs, de Toronto, de New York, etc. Ça crée d’autres connexions que je trouve très intéressantes. Mon but avec Tap Water, c’est aussi de faire un événement pour les danseur.euse.s qui font ça à temps plein, entre enseignement, création et battles. Je veux qu’ils et elles puissent vivre des rencontres différentes, avec des personnes qui arrivent sans idées préconçues et qui portent un regard neuf sur la scène de Montréal », explique la danseuse.
Des performances et des ateliers ont aussi lieu cette année-là. « C’était plein de premières fois ! », se souvient l’organisatrice. Sessions, battle, etc. Durant l’année, Dominique met aussi en place de plus petits événements. En 2019, une session la veille de Tap Water Jam a lieu. L’événement s’étend sur presque trois jours pour la première fois de son histoire.
Après une pause pandémique, Dominique revient en force et propose en 2023, trois événements. Le premier en janvier au Timis : un battle Jazz to house, où les DJs reflètent l’évolution des musiques de dance floor, naviguant du jazz à la house, en passant par le hip-hop et une multitude d’autres influences. « Juste après, les propriétaires m’ont appelé pour me dire que ce lieu allait fermer. Je prévoyais faire un autre événement au mois de mai alors il fallait que je trouve une autre place. J’ai toujours voulu le faire au Centre Phi, mais ça coûtait trop cher, mais là, je me suis dit “c’est le moment ! ”. Cette année-là, ils sont devenus coproducteurs de l’événement. C’était une édition incroyable ! », raconte-t-elle. C’est aussi la première fois qu’un concert est ajouté à la programmation. À la fin de l’année, Dominique embarque de nouveau dans l’organisation d’un battle Jazz to house. C’est en 2024 que Tap Water Jam s’installe comme festival. La soirée concert est de retour ainsi que le battle et les ateliers. Même recette pour 2025.
©Lauriane Ogay
Et cette année ?
Pour son dixième anniversaire, Tap Water Jam garde la même formule que les années précédentes. Le 14 mai aura lieu un pre-party à La Sotterenea. Le 15 mai, un concert au Centre Phi avec Waajeed, Oswèla et DJ Lexis. « Waajeed, c’est un heavy heater qui vient de Détroit. Oswèla, ça fait trois ans que je travaille pour réussir à les faire venir. C’est en les voyant performer que j’ai eu envie d’ajouter une soirée concert à Tap Water », dit Dominique.
Pour le battle, les DJs seront Rafiki de France, Noey Lopez des États-Unis et Fiddyshadesofblack de Montréal. Toyin des États-Unis et Franky Dee d’Allemagne seront les juges pour la soirée. « Toyin, c’est une danseuse qui a tout le guts du monde, qui est fearless, vulnérable et libre. Franky, pour moi, représente le embodiment du hip-hop », décrit-elle. Les ateliers du 17 mai seront assurés par Toyin, Oswèla et Franky Dee.
Comme depuis le début de Tap Water, Dominique se fie à son instinct pour faire sa programmation. « Il faut que je le feele. Toutes les personnes que j’invite sont des coups de cœur, à 100%. C’est important aussi pour moi qu’elles représentent la culture ou ses origines », ajoute-t-elle.
©Lauriane Ogay
Dresser le bilan
En dix ans, ce qui a changé pour Tap Water selon son organisatrice, c’est l’ampleur de l’événement, mais aussi le support des Conseils des arts. « Pour être à la hauteur de notre ambition, on a besoin d’aides, notamment pour la soirée concert où on veut inviter des gens de partout. Sinon ça ferait en sorte que les billets à la vente seraient vraiment chers, dit-elle. L’autre chose, c’est que quand je rencontre des personnes de différentes scènes, de plus en plus connaissent Tap Water et m’en parle. C’est aussi plus de travail qu’au début, c’est certain ! ».
Malgré tout ça, beaucoup de choses sont aussi restées les mêmes au fil du temps. « L’amour pour se rassembler, l’énergie. Ça se voit dans les vidéos et c’est le commentaire que j’apprécie le plus. Tout de suite, dès le début, il y une vibe qui s’est installée et qui perdure, et elle est propre à Montréal. Ce qui reste très important pour moi aussi, c’est le fait d’essayer que les OG soient inspiré.e.s à venir, à participer. C’est important de redonner du love à ceux et celles qui ont bâti ces cultures ».
« La célébration de notre culture », voilà comment Dominique définirait Tap Water Jam pour quelqu’un.e qui n’a jamais été à l’événement. « Il est fait pour être vécu, il faut se plonger dedans pour comprendre, à la base, pourquoi on est tous.tes amoureux.ses de cette expression. Tout le monde est invité à la découvrir », conclut-elle.