Vent de changement au Festival Quartiers Danses
YEAHH d'Hélène Blackburn/Cas Public ©Bernard Brault
Du 9 au 19 septembre aura lieu la 24e édition du Festival Quartiers Danses (FQD) dans les salles et les quartiers montréalais. En plus de mettre en lumière le travail d’une trentaine d’artistes d’ici et d’ailleurs, cette édition marquera le départ de son fondateur Rafik Hubert Sabbagh. Après 24 ans à la tête de cet événement, il laisse place à son comité artistique à trois têtes : Kyra Jean Green, Charles Brécard et Pauline Gervais.
« Le festival m’a permis de créer mon premier spectacle dans un contexte professionnel et m’a donné beaucoup de confiance pour commencer ma carrière en tant que chorégraphe et interprète », se souvient Pauline Gervais qui a depuis participé 7 ou 8 fois au FQD depuis sa graduation à l’École supérieure de ballet du Québec en 2017.
À côté de son parcours artistique, Pauline a toujours eu un intérêt pour la gestion culturelle. C’est en 2023 qu’elle intègre l’équipe du Festival, d’abord en tant que chargée des communications puis, peu de temps après, au comité artistique. « J’ai toujours aimé voir le travail d’autres chorégraphes, ça m’a toujours inspiré. Mais là , d’aller voir des spectacles avec pour but précis de programmer la prochaine édition, j’adore ça ! », dit-elle.
Ainsi, c’est Rafik Hubert Sabbagh, Kyra Jean Green, Charles Brécard et elle qui ont élaboré les trois dernières éditions du FQD. « On a trouvé ce qui fonctionne bien, ce qui est efficace pour travailler ensemble. On analyse attentivement les candidatures puis on y va avec nos coups de cœur en premier. Puis surtout, on discute et on fait attention que les propositions soient complémentaires, qu’elles viennent de tous horizons et qu’elles aillent du plus classique au plus performatif. L’idée du festival, c’est de donner une chance à des artistes de tous styles », élabore-t-elle.
C’est en effet la vision qu’avait Rafik lorsqu’il a pensé à mettre en place un festival à Montréal. « Mon but était de montrer le Montréal cosmopolite, de mettre de l’avant tous les styles de danse de création, de la danse d’auteurs d’aujourd’hui », dit-il.
Autre point important pour le danseur de carrière : rendre la danse accessible. « C’est primordial d’avoir accès à la culture. Pourquoi ? Parce que ça fait grandir, s’approfondir, réfléchir. Tu vois une fille qui pleure sur scène ou qui soufre, ou au contraire, quelqu’un de joyeux, toi aussi tu vis ce genre de moment ! Ça te parle, car tu es humain, tu es normal. Ça humanise les gens l’art, c’est important », exprime-t-il. Une spécificité du festival que le comité artistique apprécie particulièrement. « Rafik a dû travailler fort pour que les gens comprennent l’intérêt de la danse en extérieur, ajoute Pauline. Mais donner aux gens la chance de voir de la danse, par hasard ou en sortant du travail, c’est important. Dehors, on vient chercher d’autres publics, moins habitués peut-être et ça amène aussi de nouvelles formes de danse ».
Passer le flambeau
En 24 ans d’existence, le FQD a évolué et est devenu, selon son fondateur, « plus solide que jamais ». « Le Festival est maintenant reconnu à l’international, on compte entre 25 et 30 diffuseurs chaque année et au total, on a fait plus de 3500 ateliers de médiation culturelle. En plus de 20 ans, j’ai mis une trentaine d’artistes « sur la map », dit Rafik.
Bien que cela fasse plusieurs années qu’il pense quitter le bateau, c’est seulement cette année que le directeur du FQD a pris la grande décision. « Le festival ne tient pas à devenir plus gros, seulement se consolider encore davantage. J’ai confiance en mon comité artistique et j’espère qu’il va continuer dans la même vision, tout en le faisant évoluer à sa manière », dit-il.
Pour Pauline, l’excitation est au rendez-vous. « On a la chance de partir avec l’héritage solide que Rafik nous laisse avec la communauté de la danse, l’équipe, le public, etc. Les racines du FQD sont très établies, et fortes. Elles ont prouvé leur impact et leur importance à Montréal, conclut-elle. Une voix plus jeune va pouvoir prendre plus de place dans le festival, amener ce qui existe déjà plus loin, et voir comment ça peut se transformer, sans perdre la mission du festival. C’est existant de voir ce qui s’en vient, dans quelle nouvelle direction le festival va vivre ! »