COIL : spiralité de l’existence  

©Julie Artacho

Du 4 au 7 novembre, Dana Gingras présentera sa toute nouvelle création, COIL, à l’Agora de la danse. Incarnée par la danseuse Caroline Gravel, accompagnée sur scène par la violoniste Sophie Trudeau et par une scénographie de Caroline Monnet, cette pièce puise dans le concept de la spirale et questionne ceux de mémoire, de transformation et de réparation. La chorégraphe nous en parle.

C’est l’interprète Caroline Gravel qui a été la première source d’inspiration de Dana Gingras. « Ça fait plus de 10 ans qu’on travaille ensemble, elle a fait partie de plusieurs de mes projets, Monumental, Frontera et Creation Destruction notamment. Pour moi, créer un solo sur quelqu’un, c’est comme avoir une conversation intime et j’avais vraiment envie de ça avec Caorline. Avoir ce temps toutes les deux pour explorer. Dans ce genre de processus, c’est l’interprète qui devient le matériel. Avec Caroline, c’était une recherche très articulée, très basée sur la physicalité également, décrit celle qui a fondé sa compagnie Animals of Distinction en 2006 lorsqu’elle a déménagé de Vancouver pour vivre à Montréal.

Persévérance et résistance sont les deux mots qui lui viennent lorsqu’on évoque le 20e anniversaire de Animals of Distinction. « C’est ce que ça prend pour être et rester un·e artiste, dit-elle. C’est aussi de continuer à approcher la vie avec enthousiasme et questionnement. On n’est pas là parce qu’on veut créer des pièces, mais bien parce qu’on est curieux·euses et qu’on a de la passion pour cette forme d’art qu’est la danse. Rien n’est jamais établi. On doit rester dans l'interrogation et la découverte », pense-t-elle.

Pour élaborer COIL, l’improvisation, l’exploration et l’observation étaient les maitres mots pour Caroline Gravel et Dana Gingras en studio. « Je n’arrivais pas avec une idée précise. Ce que j’ai fait, c’est regarder et trouver ce qui retenait mon attention lorsque Caroline bougeait. Dès le début, le poids, la gravité dans son corps et l’expression de ses bras étaient des éléments qui m’ont plu », raconte Mme Gingras. C’est alors que la notion de bobine [« coil » en anglais] est apparue. Pour elle, elle représente quelque chose de très serré au centre, mais qui peut s’étendre à très grand. « La spirale est un pattern très naturel donc on souhaitait que ce soit très organique dans le processus et le rendu final. On a laissé les éléments émerger par eux-mêmes. On était juste là pour les regarder naître et prendre forme », poursuit-elle.

La spontanéité recherchée par la chorégraphe est ainsi aussi visible dans la pièce finie. Totalement structurée, elle laisse cependant place à plusieurs moments de libertés. « J’ai expliqué à Caroline que je ne voulais pas qu’elle performe. Je préfère qu’elle soit présente avec ce qui est là, ses sentiments, ce qu’elle voit, ce qu’elle ressent et qu’elle joue avec. Qu’elle puisse constater en temps réel lorsque son attention est désorganisée, puis organisée. L’improvisation demeure dans ces moments d’entre-deux. Elle a assez d’espace pour vivre les transitions », explique la chorégraphe.

Organicité des éléments

Comme à son habitude, Dana Gingras propose une pièce interdisciplinaire, la musicienne Sophie Trudau jouant du violon sur scène. « Elle a vraiment poussé plus loin l’idée de la répétition, de la boucle et a permis de rallier tous les éléments ensemble », affirme la chorégraphe. Pour ce qui est de la scénographie, signée Caroline Monnet, elle ajoute une couche supplémentaire à la thématique selon la créatrice. « Son travail rend l’espace encore plus vivant, dit-elle. Sur scène, on est souvent dans une boîte noire. Là ça respire ».

Selon la chorégraphe, la pièce se transforme au fur et à mesure du temps. « Il y a plusieurs moments pendant lesquels il ne se passe rien, mais qui créent dans une grande résonnance », dit-elle. Ainsi, la patience est requise chez celles et ceux qui regardent. « On joue avec son attention, mais aussi l’ordre et le désordre », ajoute-t-elle.

Avec COIL, Dana Gingras ne vise pas à provoquer une réaction précise dans l’audience. Elle pense plutôt que celle-ci est là pour compléter l’œuvre. « Plusieurs champs énergétiques, dont celui du public, viennent ensemble pour élaborer une conversation, conclut-elle. Tout le monde va vivre sa propre expérience au final et j’espère juste qu’il y ait une vraie relation qui va se développer, peu importe quels sensation ou sentiment ressentent les gens ».

Dana Gingras / Animals of Distinction

COIL

Du 4 au 7 novembre à l’Agora de la danse

Toutes les infos ICI.

©Julie Artacho

Suivant
Suivant

LABdiff 10 : entre héritage et métamorphose