Du popping montréalais aux scènes de Las Vegas
©Christina Russo
Cela fait déjà un an que Bibiman, danseur réputé de la scène streetdance à Montréal, s’est envolé pour Las Vegas pour intégrer le spectacle Michal Jackson ONE du Cirque du Soleil. Il a choisi alloladanse pour revenir sur cette opportunité qui a chamboulé toute sa vie.
Tout a commencé en avril 2025, lorsque Bibiman reçoit un appel de Jon Boogz, streetdancer qui a remporté un Emmy Award en 2024 pour sa chorégraphe dans la série Succession. « Il était 1h du matin et il m’explique qu’il a donné mon nom pour une audition parce qu’il pense que ma façon de bouger va vraiment fitter avec le character », se souvient le danseur.
Ce que cherchait le Cirque du Soleil, c’était un danseur pour remplacer J Rock qui partait à la retraite. L’offre ? Un poste permanent sur le spectacle Michal Jackson ONE, à Las Vegas, qui tourne depuis 13 ans. « J’ai toujours été un grand fan depuis tout petit. J’ai toujours aimé sa musique, sa façon de travailler et l’héritage qu’il laisse. Donc ça représentait beaucoup pour moi », dit le danseur. Le Cirque du Soleil a aussi une place particulière dans son cœur. « Ma tante y a longtemps joué un clown donc c’est une compagnie très particulière pour moi, continue-t-il. C’était peut-être ma destinée ».
Mais à ce moment-là, Bibiman est à la tête d’un magasin Rogers et n’a pas le cirque dans ses plans de vie. « En plus, je préparais des performances pour le Shadow Puppetz Crew de Chicago, avec mon collectif, The Architects. J’étais super occupé, mais j’ai réussi à envoyer un démo », poursuit-il.
Quelques semaines plus tard, le danseur reçoit des nouvelles et passe à la deuxième ronde. Il doit cette fois-ci faire ses preuves en suivant une chorégraphie. « J’étais juge à Hit The Floor cette semaine-là, je n’étais même pas chez moi, conte-t-il. Je n’avais pas accès à un studio, rien, mais j’ai tout donné : de 5h à 13h, sans arrêt, je me suis filmé. J’ai fait plus de 400 essais vidéo ! ».
Rapidement, il reçoit la bonne nouvelle : c’est lui que le Cirque du Soleil a choisi. Il est attendu sur place dans les semaines suivantes. « C’était extrêmement rapide. J’avais un appartement, une voiture, une job. J’ai dû tout vendre, démissionner. Ça a été très difficile comme processus, mais je me suis rendu ! », confie-t-il.
Surmonter les défis
Dès son arrivée, Bibiman est mis à l’épreuve. En deux semaines, il doit apprendre quinze chorégraphies. Il montera sur scène, entouré par plus de 70 artistes, à peine un mois après avoir atterri à Las Vegas. « C’est extrêmement challengeant et épuisant. Je ne dormais plus et dans le processus, je me suis même blessé, raconte-t-il. Il a fallu rester fort pour garantir ma place ».
Mais le résultat est à la hauteur de ses attentes. « Nos conditions de travail sont exceptionnelles. On a des entraineurs et des docteurs personnels, mais aussi des ressources et des avantages très importants. Pour une job de danseur, c’est la crème de la crème », partage l’artiste. Depuis un an, Bibiman monte sur scène 10 fois par semaine, à coup de deux spectacles par jour, devant 2000 personnes à chaque fois.
Inconsciemment, dans les dernières années, il avait le pressentiment qu’un contrat d’envergure allait arriver. « Un an avant cet appel, je faisais des push up avec une veste lestée et les jeunes que j’entraine me demandaient "pourquoi tu mets cette veste ? " et je leur disais "parce qu’il faut se préparer pour des opportunités ". Et c’est drôle, dans mon rôle dans Michal Jackson ONE, je porte une veste qui a le même poids, pendant 50min. C’est comme si j’avais un feeling que ça s’en venait ", pense-t-il.
Croire en ses rêves
Bibiman commence la danse, en studio, à l’âge de 14 ans. Rapidement, il s’entraîne auprès de personnes importantes de la communauté du popping à Montréal : Freakwen-C, Mytic Rootz, Namco, Hya, Greenteck, etc., mais aussi de l’international comme Popping Pete et Rashaad.
Soutenu par ses deux mentor.e.s DKC, JF St-Onge et Tash, Bibiman focalise sur le freestyle et participe à de nombreux battles, à Montréal et à l’international. Il a notamment gagné Versa Style à Los Angeles et s’est qualifié deux fois au Summer Dance Forever, à Amsterdam. Avec son collectif, The Architects, dont font partie Shadow et Zablen, il a aussi remporté deux années d’affilé l’événement Out Of The Shadows à Chicago. Ensemble, ils ont aussi performé au Centre Bell lors d’un match des Canadiens de Montréal. Une toute première pour des streetdancers. Enfin, Bibiman fait aussi partie de deux crews : Funny Bones Crew depuis 2014 et Funky by nature depuis 2017. « J’ai réussi à mettre mon nom out there grâce à tout ça », dit Bibiman.
Entre 2022 et 2024, il fait partie de la compagnie de Alexandra « Spicey » Landé, Ebnflōh. « Elle, Pax et Darqk m’ont beaucoup inspiré et aidé à travailler sur des personnages, à me développer en tant qu’artiste. Ils ont été un gros poids sur mon cheminement », explique le danseur.
Depuis ses débuts en danse, Bibiman a toujours travaillé fort, mais sans avoir pour objectif de devenir danseur professionnel. « J’ai toujours une job ou je travaillais 40h/semaine, qui générait des sous, et je mettais un autre 30h dans la danse, pour le plaisir, pour atteindre les niveaux que je visais, poursuit-il. Mais j’ai toujours eu un esprit d’entrepreneur, je choisissais des jobs qui me permettaient d’avoir la liberté pour danser, quand je veux, ou je veux ».
Aujourd’hui, c’est à temps plein que Bibiman danse et qu’il continue à développer son art. « Ce que j’aime, c’est l’aspect performance. Tu ne peux pas te cacher quelque part, ou slaker une journée. Faut se lever, et être motivé. Tous les jours, partage-t-il. Il faut aussi savoir être généreux dans son art. Et quand tu donnes ton art, il ne t’appartient plus. Ça travaille beaucoup l’égo d’accepter cette libération et ça me permet de grandir en tant qu’artiste », partage-t-il.
En plus de vouloir « se nourrir de cette expérience », et de continuer à développer ses entreprises, Bibiman espère aussi inspirer les danseur.euse.s de Montréal. « Je veux que les gens puissent s’imaginer plus grands, qu’ils soient à la recherche de quelque chose de plus fou. Même si ça a l’air impossible, c’est là et il faut y croire, conclut-il. C’est la danse et Montréal qui a fait qui je suis aujourd’hui et où je suis ! J’ai toujours dit "sky is the limit ", mais maintenant, c’est "universe is the limit ". »