Mystic-MĂ©tallic : extraction des corps

©Guillaume Vallée

‍La 20e édition du Festival TransAmériques (FTA) se poursuit jusqu’au 10 juin à Montréal. Au programme : danse et théâtre des quatre coins du monde. Les artistes d’ici y occupent aussi une place de choix. Tour d’horizon.

Pour finir, Audrée Juteau évoque la pièce Mystic-Métallic, qu’elle présente avec ses complices N. Zoey Gauld et Catherine Lavoie-Marcus, jusqu’au 8 juin à La Chapelle Scènes Contemporaines.

« C’est un grand moment » pour les trois créatrices N. Zoey Gauld, Audrée Juteau et Catherine Lavoie-Marcus qui présente pour la toute première fois une pièce au FTA. « Le hasard a bien fait les choses, raconte Audrée. On devait la présenter l’an dernier, mais finalement ça a été reconduit à cette année, et c’est encore mieux. Notre proposition résonne complètement avec les enjeux actuels en Amérique du Nord ».

Aux origines de Mystic-Métallic se trouve une révolte populaire, en 2022, à Rouyn-Noranda, ou vit Audrée. « Des informations de la santé publique sur l’exposition des enfants aux émissions d'arsenic et de métaux lourds de la Fonderie Horne sont sorties à ce moment-là. Elles avaient été volontairement cachées jusque-là. Ça a été un choc », se souvient-elle.

Elle travaillait à ce moment-là sur une deuxième pièce avec N. Zoey Gauld et Catherine Lavoie-Marcus et cette situation a changé leur angle de création. « On voulait encore parler d’environnement, faire suite à notre première pièce Mystic-Informatic qui parlait du désespoir écologique, à travers le mycélium, raconte-t-elle. Mais on restait très large. Quand cet événement a eu lieu, notre vision est devenue plus claire : il fallait qu’on en parle ».

Du métal… au métal !

Ainsi, bien que le point de départ soit au sujet de Rouyn-Noranda et la Fonderie Horne, les trois créatrices ont voulu évoquer la question de l’extraction minière de façon plus large. « On a exploré les profondeurs de la terre, la relation aux métaux, l’exploitation des mines à travers des discussions avec des militants, des artistes, des travailleurs, des juristes, etc. », poursuit la créatrice.

Pendant ces quatre années de recherche, N. Zoey Gauld, Audrée Juteau et Catherine Lavoie-Marcus ont ensuite « mis en corps » leurs constats et résultats. « On essaye vraiment dans cette pièce de se syntoniser à la terre avec nos corps, de se connecter aux profondeurs, notamment grâce à la vibration », décrit Audrée.

Et pour aller plus loin dans la vibration, les trois artistes ont aussi d’utilisé leur voix, notamment en apprenant la technique du growl, utilisée dans la musique métal. « C’est un style qui nous intéresse depuis longtemps, ces chants nous interpellaient, on trouvait cet univers ténébreux, “fin du monde ” intéressant. En plus, ça faisait un lien direct : le métal est né dans les usines métallurgiques en Angleterre ! », explique-t-elle.

La sensorialité a aussi guidé les trois créatrices dans leur processus de création. « On se met dans la peau des minéraux, mais aussi des moteurs qui les extraient. Nos corps deviennent à la fois moteurs et matière. Et indissociables à la terre. On ne fait plus qu’un avec tous ces éléments. On ne peut pas s’extraire de cette situation, qu’on le veuille ou non, on subit cette transformation », élabore Audrée. Enfin, la relation au temps est un des autres éléments qui a pris une grande place dans cette création. « On s’est penchées sur le temps très lent des roches, celui des minéraux qui est immémorial, mais aussi la rapidité avec la musique métal notamment, raconte-t-elle. On touche aussi aux époques, en invoquant les temps médiévaux, moments où les femmes travaillaient à la mine, et l’imaginaire autour des gargouilles ».

Avec Mystic-Métallic, N. Zoey Gauld, Audrée Juteau et Catherine Lavoie-Marcus espèrent provoquer des sensations chez le public. « On espère qu’il se sente interpellé, que les gens ressentent la pièce à l’intérieur de leur corps, soit attrapé, interpellé, conclut Audrée. On souhaite que ça ouvre un espace sensible ou on peut se rencontrer, et ressentir ensemble ».

N. Zoey Gauld, Audrée Juteau et Catherine Lavoie-Marcus

Mystic-Métallic

Du 4 au 8 juin

La Chapelle Scènes Contemporaines

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