Nos espoirs furieux : Transformer la paralysie en élan

©Julie Artacho

Du 8 au 15 septembre, la nouvelle crĂ©ation de La Fratrie, Nos espoirs furieux, prendra place Ă  La Chapelle et soulignera leurs 10 ans d’existence. Alliant théùtre, danse et cirque, cette piĂšce multidisciplinaire se questionne sur les façons de rĂ©agir face Ă  un monde qui sombre. L’auteur et metteur en scĂšne Alex Trahan nous en parle.

« J’avais besoin de parler du vertige qui me prend quand je regarde l’actualitĂ© et le flot de mauvaises nouvelles qu’on voit dĂ©filer tout le temps. Je ne savais pas comment sortir de ça, par oĂč le prendre et surtout comment trouver l’élan, participer Ă  cette sociĂ©tĂ©, raviver le feu », raconte Alex Trahan, acteur de formation qui a fondĂ© La Fratrie en 2016 aux cĂŽtĂ©s d’Erika Mathieu et Patrick R.Lacharité.

C’est pour discuter de ces enjeux qu’il s’est entourĂ© d’une Ă©quipe d’interprĂštes en danse, en cirque et en théùtre. « On s’est posĂ© la question : “comment parler de la sociĂ©tĂ© sans en parler de front ? Comment crĂ©er un univers imaginaire pour Ă©voquer tout ça sans recrĂ©er le bombardement de la rĂ©alitĂ© ?” On a cherchĂ© Ă  transformer cette paralysie en Ă©lan, en actions, en comprenant ce qui nous faisait du bien », poursuit-il.

Ensemble, l’équipe a donc dĂ©veloppĂ© un narratif autour de divers personnages : un homme qui s’échappe de la rĂ©alitĂ© avec les jeux vidĂ©o, une femme qui se questionne sur son destin lorsqu’elle tombe enceinte, une autre qui ne dort plus, car elle se sent impuissante face aux drames du monde, un artiste qui se demande sur sa place et son rĂŽle dans la sociĂ©tĂ©, etc. « Ce sont des rĂ©cits de solitudes morcelĂ©s qui deviennent un casse-tĂȘte. Les personnages vont et viennent puis se rencontrent dans section ou se crĂ©er toute la magie », raconte l’acteur.

Tomber, se relever, rallumer la flamme

Ainsi, Nos espoirs furieux est composĂ© de plusieurs tableaux, parfois plus dansĂ©s, parfois plus théùtraux. « La recherche Ă©tait tout autant intĂ©ressante dans le propos que dans la forme, dit-il. On a demandĂ© Ă  des comĂ©diens de bouger et Ă  des bougeurs de parler. C’est beau de voir quelle vulnĂ©rabilitĂ© en sortait et comment en faire un objet théùtral ». Avec Alexia Martel Ă  la chorĂ©graphie, Alex Trahan s’est questionnĂ© sur le mouvement de la chute. « C’était vraiment notre point de dĂ©part, voir des gens tomber, encore et encore. On se demandait comment ces impulsions pouvaient se transformer et devenir des relevĂ©s, dĂ©crit-il. Se tenir debout, revenir debout, comment le corps s’affaisse et remontent, c’étaient nos obsessions ».  

CĂŽtĂ© dĂ©cor, Nos espoirs furieux jouent sur la transformation. « Ça reste Ă©purĂ©, loin du rĂ©alisme, mais avec un gros travail sur les textiles et les matiĂšres. La scĂšne se mĂ©tamorphose au fil de l’Ɠuvre », ajoute-t-il.

Avec Nos espoirs furieux, La Fratrie espĂšre susciter chez le public « une pulsion de vie ». « On veut que ça engendre des conversations conclut-il. Ce qu’on a dĂ©couvert Ă  travers le processus, c’est la radicalitĂ© dans l’empathie, dans la douceur, dans le fait de prendre soin des choses fragiles, dans les petites actions. Tu ne peux pas porter tout le sort du monde sur tes Ă©paules donc il faut que tu trouves une chose que tu es capable de mettre en Ɠuvre puis ça va dĂ©bouler. C’est ce genre d’impulsion qu’on a envie de procurer Ă  la fin du spectacle ».

10 ans, ça se fĂȘte !

Pour leurs 10 ans, La Fratrie a voulu « boucler la boucle ». « On voulait absolument jouer la piĂšce Ă  La Chapelle. On voulait revenir lĂ  oĂč tout a commencĂ© », raconte-t-il. Le collectif a aussi prĂ©vu plusieurs activitĂ©s autour du spectacle. Tout d’abord, l’artiste visuelle Fanny Migeault lancera les festivitĂ©s en affichant ses Ɠuvres dans le hall le soir de la premiĂšre de Nos espoirs furieux. Un brunch autour des questions soulevĂ©es par la piĂšce sera ensuite organisĂ©. Un artiste multidisciplinaire bĂ©nĂ©ficiera aussi d’une rĂ©sidence Ă  la Chapelle pendant que le collectif n’utilise pas l’espace. Enfin, un cabaret aura lieu le 19 septembre. « On a demandĂ© aux gens qui ont dĂ©jĂ  travaillĂ© avec nous, de prĂšs ou de loin, de prĂ©parer un 5-10min Ă  prĂ©senter sur scĂšne. Le public sera ensuite amenĂ© Ă  voter pour son coup de cƓur », explique M. Trahan.  

Alex Trahan

Nos espoirs furieux

Du 8 au 15 septembre Ă  La Chapelle

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