Retraced + SKLTR : entre analyse et imaginaire du krump
©Charles Brecard
‍Du 22 au 24 avril, l’Usine C mettra en lumière le krump, danse puissante et théâtrale née dans les rues de Los Angeles au début des années 2000. Deux œuvres seront au programme : Retraced, un solo chorégraphié par 7Starr, pionnier du style au Canada, et interprété par Jason Luce et SKLTR, une œuvre imaginée par 7Starr et Charles « Brøken » Brecard, danseur multidiscplinaire qui a gradué de l’École de danse contemporaine de Montréal en 2017. Une belle opportunité pour les deux artistes de valoriser leur art et leur communauté, tout en élargissant la portée de krump.
Explorer le krump avec un œil scientifique, comme à travers un microscope. C’est ce qu’a voulu faire 7Starr avec le solo Retraced. « Le but était vraiment d’avoir un nouveau regard sur notre pratique, une approche plus objective par rapport à une danse axée sur les émotions et la théâtralité. Si on élève tout ça, il reste quoi ? Retraced, c’est un regard froid et analytique que je propose », explique l’artiste.
Présentée en 2023 au Montréal arts interculturels (MAI) puis au Festival Quartiers Danses et à Dance Immersion à Toronto l’automne dernier, Retraced revient cette fois-ci « dans une version améliorée ». « Ça ne me tentait plus de la danser, confie 7Starr, alors j’ai choisi un de mes élèves, Jason Luce, pour l’interpréter. J’ai eu l’expérience d’être chorégraphe et danseur, mais ça fait 20 ans que je porte de nombreux chapeaux : interprète, organisateur d’événement, mentor, musicien aussi. Je crois qu’au fil du temps, il y a une sagesse qui s’est installée et j’ai décidé de seulement garder le rôle de chorégraphe cette fois-ci ».
Même décision pour SKLTR, projet pour lequel il a été approché par Charles « Brøken » Brecard. « Ça faisait longtemps que je voulais chorégraphier une pièce de groupe de krump, et c’est tout naturellement que j’ai contacté 7Starr, se souvient Charles « Brøken » Brecard. L’idée de base était d’aller à l’inverse de Retraced : jouer sur l’épique, le surréel, la théâtralité et le fantastique. Assumer le over the top que le krump peut créer ». 7Starr a de suite été intéressé par la proposition du danseur. « Il a amené beaucoup d’inspirations, de références aux mangas, comme Berserk, à des jeux vidéo comme Elder Ring, beaucoup d’esthétiques différentes que je trouvais intéressantes », raconte-t-il.
Avec SKLTR, 7Starr et Charles « Brøken » Brecard souhaitent pousser les interprètes dans l’exploration de personnages. « Le character est une des spécificités du krump. Chaque danseur en possède un ou plusieurs. Ses alter ego, élabore Charles. On voulait construire un univers, créer une mythologie, qui permet de faire une recherche profonde sur les characters et de les mettre ensemble ». Ainsi, les deux créateurs se sont entourés de cinq interprètes du milieu du krump : Valérie Chartier, aka Triple C, Robert Soare, aka Soare, Jules Talavera, aka Frenzy, Olivier Clermont, aka Swami et Mathilde Mercier-Beloin, aka PhoenX. « Ce sont des artistes très impliqué.e.s dans la communauté krump, certain.e.s sont des vétérans, des OG, d’autres des personnes de la nouvelle génération », précise 7Starr. Ainsi, pour chorégraphier SKLTR, les deux artistes ont amené des idées, des ambiances, des images, mais ont aussi échangé avec les interprètes afin qu’ils et elles développent leurs personnages. « On est allé.e.s très loin dans l’imaginaire de chacun.e, on a trouvé les missions, les origines et les intentions derrières chaque mouvement de chaque personnage », décrit Charles.
Tout le monde a donc beaucoup contribué à l’œuvre. « C’était la même façon d’opérer que dans la culture krump. Lorsqu’on lab ou qu’on se prépare pour un battle, c’est très organique. On a voulu garder ces éléments-là dans le processus créatif pour que tout le monde soit au même niveau d’implication et que ça reste ancrer dans la culture », ajoute 7Starr.
Mêler leurs deux univers chorégraphiques était aussi une piste qui intriguait les deux artistes. En effet, bien que le krump soit le premier style de danse que Charles « Brøken » Brecard ait pratiqué dans sa Nouvelle-Calédonie natale, ce sont les danses contemporaines qui ont pris plus de place dans sa vie dans les dernières années. Il a notamment développé une approche, appelée fluidify. « C’est à l’opposé de ce qu’on peut voir dans le krump qui est explosif, rigide, saccadé. Si on jumèle les deux, ça donne quoi ? Cette pièce était vraiment une belle opportunité pour trouver de nouvelles esthétiques et pour nourrir les pratiques actuelles du krump », poursuit 7Starr. En studio, ils ont donc ensuite « créé une sorte de nouvelle technique ». « Cette pièce nous a permis de trouver où pouvaient se rejoindre le fluidify et le krump », dit Charles « Brøken » Brecard.
©Charles Brecard
Faire rayonner l’art du krump
« La krump se doit d’aller dans des places où on l’a moins vu », pense Charles « Brøken » Brecard. Les deux créateurs se disent en effet reconnaissants d’être programmés dans une salle comme l’Usine C. « C’est important pour les institutions de laisser la place à toutes les formes d’art. Elles ont un historique, une manière de fonctionner, qui ont mis à l’écart certaines formes d’art, mais on sent une ouverture, développe 7Starr. On est toujours prêt à amener le krump où il est le bienvenu. Je l’ai enseigné dans le secteur communautaire, à l’École de danse contemporaine de Montréal, dans des maternelles, des prisons, etc, à l'échelle nationale et internationale. C’est un art qui peut exister n’importe où si l’endroit l’accueille ».
Avec SKLTR, 7Starr et Charles « Brøken » Brecard souhaitent « étendre la sphère du krump ». « C’est une danse qu’on voit surtout dans la rue, dans des battles mais on espère qu’une pièce comme SKLTR pourra paver la voie pour les futures générations. Montrer que c’est possible de pousser l’art du krump sur différentes scènes et sous différentes formes. Notre but est d’ouvrir au plus grand nombre possible, que les gens, de tous milieux, se fassent toucher par la beauté de cet art. On vise à faire rayonner l’art du krump et sa communauté », ajoute Charles.
‍7Starr espère que SKLTR plaira au public. « Il se déplace, dépense des sous pour ça. On ne prend pas ça pour acquis. On est au contraire très reconnaissants, dit-il. Comme lors d’un battle, on se prépare à donner une performance, à faire des choses qui nous plaisant, à se respecter là -dedans, mais on veut aussi la réaction du public. Quelle réaction ? Aucune idée, mais on espère qu’ils vont enjoy et qu’ils vont vouloir plus de krump ! ». Charles « Brøken » Brecard n’arrive pas non plus à prédire ce que vivra l’audience. Il espère cependant qu’elle sera touchée. « Le krump, c’est une énergie, une libération, une joie, une sensation incroyable à ressentir. Alors on souhaite que le public le feele, se sent hype! ». ‍
7Starr et Charles « Brøken » Brecard
Retraced et SKLTR
Du 22 au 24 avril à l’Usine C
Toutes les infos ICI.
©Charles Brecard