Moun : Le tambour, cœur de la rencontre

Trois ans après sa première Ă©dition, Moun revient pour une nouvelle cĂ©lĂ©bration des tambours et de la danse. ImaginĂ© par Mecdy Jean-Pierre, aka Mystic Rootz, en partenariat avec le Centre de crĂ©ation danse Nyata Nyata, ce cercle de partage, ouvert Ă  tous.tes, met en lumière le rĂ´le du tambour comme pont entre les cultures. Rendez-vous le 14 mars !  

Lors de la première édition de Moun, en 2023, Mystic Rootz est étudiant au Programme d'Entraînement et de Formation Artistique et Professionnel en Danse (PEFAPDA) du Centre de création danse Nyata Nyata. « À travers cette formation, j’ai appris et compris beaucoup de choses, par rapport à mes ancêtres, d’où je venais, mon héritable et les mémoires qui ont voyagé de l’Afrique jusqu’à l’Amérique du Nord, se rappelle-t-il. Danseur professionnel depuis plus de 20 ans dans le milieu du streetdance, il s’est alors questionné sur sa pratique et ses nouveaux apprentissages. « Je me suis aperçu que certaines mémoires, qui sont dans nos cellules, se réveillent à travers les situations de la vie. Dans mon cas, ma pratique du popping, du boogaloo ou du waving s'est transformée aux sons des tambours », livre-t-il.

Pour le danseur d’expĂ©rience, le tambour ramène Ă  l’instant prĂ©sent. « Les rythmes des streetdances sont en gĂ©nĂ©ral assez simples, binaires et rĂ©pĂ©titifs. Donc ça peut ĂŞtre dĂ©stabilisant de danser sur des tambours qui jouent beaucoup avec la polyrythmie, en ternaire et en binaire, dĂ©crit-il. Tu ne peux pas anticiper la musique, ça force Ă  ĂŞtre focalisĂ© sur le moment, tu n’as pas le choix ».  

Partage

Pour aller plus loin dans sa recherche, professionnelle et personnelle, Mystic Rootz a créé Translucide, un duo oĂą il danse aux sons des tambours d’Elli Miller Mabougnou.  Â« Le tambour partage des rythmes d’un langage universel. Il est reliĂ© au corps, il a lui-mĂŞme un corps, une peau, une bouche oĂą passe l’air, et crĂ©e diffĂ©rents rythmes, tout comme notre corps avec les pulsations du cĹ“ur, la vitesse des activitĂ©s cĂ©rĂ©brales, notre système sanguin, notre souffle. Chaque culture proche de la relation Ă  la Terre, a, ou a eu des tambours », dit-il.

Suite Ă  cette expĂ©rience significative, l’artiste a voulu proposer cet espace aux communautĂ©s du streetdance. « Ça m’a fait du bien, mentalement, physiquement et spirituellement. Les connexions Ă©taient très fortes pour moi pendant cette crĂ©ation. Je me suis dit “ J’aimerais tellement que les danseurs de rues puissent expĂ©rimenter ce lien-lĂ  ” », poursuit-il. C’est ainsi que la première Ă©dition de Moun voit le jour. Le concept est simple : rĂ©unir des danseur.euses de diffĂ©rents styles de streetdance (waacking, popping, break, krump, etc.) et des tambourineurs qui jouent des rythmes traditionnels variĂ©s : cubains, haĂŻtiens, etc.  Â« La musique live, c’est toujours mieux pour les danseur.euse.s. T’as accès aux vibrations, aux frĂ©quences, tu vois le souffle du musicien, la connexion est instantanĂ©e », raconte-t-il. Les retours des streetdancers sont unanimes. « Certain.e.s m’ont confiĂ© que ça faisait du bien Ă  leur âme, d’autres disaient que ça leur permettait de se sentir plus ancrĂ©.s, d’autres que c’était un Ă©vĂ©nement nĂ©cessaire pour nos communautĂ©s », partage l’artiste.

Mystic Rootz voit plusieurs liens entre les rythmes des tambours et ceux du streetdance. « Tout est lié. Lorsque les esclaves n’avaient plus accès aux tambours, ils ont commencé à utiliser les instrumnts européens, comme le banjo, le piano, la batterie, etc. À travers eux, ils ont quand même trouver une façon de s’exprimer et ont crée le blues, le jazz, le rock’n’roll. La culture hip-hop, elle, a utilisé les platines pour mettre de l’avant des loop d’anciennes musiques. Tout dépend de l’époque et de la technologie du moment », raconte-t-il.

Pour l’artiste, les rythmes, des tambours et de la culture hip-hop, sont aussi liés aux enjeux politiques des lieux où ils se trouvent. « Les tambours étaient un moyen d’expression en Afrique, tout comme les chants, les danses, les conteurs d’histoires, qu’on appelle les griots. Ils ont aussi été utilisé par les esclaves jusqu’à ce que les colons les abolissent. Les musique du hip-hop, elles, ont démontré que l’ennemi, celui qui séparait les gens, c’était le gouvernement. Ça a toujours un rapport à la société, à la culture et à la politique ».

Malgré l’envie de réitérer l’expérience en 2024, puis en 2025, celle-ci n’a pas pu avoir lieu par manque de ressources. Cependant, Mystic Rootz a pu continuer ses recherches à travers la plateforme B-Side de la compagnie de streetdance Ebnfloh. « Je me suis entouré de tambourineurs et de streetdancers puis on échangeait sur ce qu’il ressentait, quel lien ils et elles sentaient avec le tambour, etc. Ça m’a complètement remotivé à faire une deuxième édition de Moun », dit-il.

Réconciliation

Pour Mystic Rootz, Moun sert à créer un pont entre les danses traditionnelles et le streetdance, car ces liens, qui sont pourtant existants, sont aujourd’hui moins visibles, ou moins enseignés. « On retrouve des mouvements de danses traditionnelles dans le streetdance. On observe que plusieurs mouvements ont traversé le temps, mais ont juste changé de nom, ou ont été associés à un style de danse puis à un autre. Par exemple, dans le Lindy hop, il y a le Charleston qu’on nomme Charlie rock en breakin. Et dans le film House Party, ce pas s’appelle kid and play. C’est fascinant les liens qui existent », explique le danseur.

Avec ces vingt années d’expérience, Mystic Rootz a vu évoluer le streetdance et ses pratiques. Avec Moun, il souhaite combler un manque. « L’approche de la danse est aujourd’hui beaucoup tournée sur la performance et les battles. Et ce, autant ici qu’à l’international. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais la danse, la culture, c’est beaucoup plus grand que ça, élabore-t-il. La danse peut être thérapeutique par exemple. Quand on partage sa danse avec d’autres mondes, on se rend ailleurs, dans un aspect plus spirituel aussi. Et c’est ça que je veux nourrir. C’est cette position que je veux prendre et affirmer. C’est ce regard sur la danse, cette vision, cette partie importante de la culture ». L’aspect performatif de la danse vient selon lui de la société capitaliste dans laquelle on vit. « Tout est relié à l’individualisme, la production, l’hyperproductivité, la consommation de masse et être le ou la meilleur.e. La danse répond à cette tendance et perd son essence », déplore-t-il.

Avec cette deuxième édition, Mystic Rootz espère accueillir une centaine de personnes, de tout horizon. « “ Moun ” est un terme créole haïtien. Comme Muntu en kikongo, ça signifie humain donc tout le monde est invité et est le bienvenu. Quelle que soit ta couleur de peau, ta communauté, si tu danses ou non. On est tous.tes humain.e.s, on partage tous le même corps humain. Les rythmes, les vibrations sont universelles, conclut-il. Moun, c’est un cercle de partage, on échange, on s’exprime avec notre corps. Il y aura des OG, des vétérans et la jeune génération aussi. C’est un événement intergénérationnel qui regroupe différentes communautés et le tambour est au centre de tout. C’est sa job de rassembler ».

Moun
Le 14 mars de 20h Ă  23h
Au Centre de Création Danse Nyata Nyata

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©Mary Lee Brunet

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