CHŌRA : à cœur ouvert

©Do Phan Hoi

Jusqu’au 5 septembre en direct puis en version filmée jusqu’au 19 septembre, CHŌRA prend vie à la Société des arts technologiques (SAT). Imaginée par la danseuse PAX, le compositeur Lunice et l'artiste audiovisuel Neurotypique, cette œuvre interdisciplinaire nous immerge dans un univers à la fois loufoque et sensible. Une pièce captivante ou les identités disparaissent et laissent place à l’art comme langage universel.

Dès l’entrée dans le dôme, on est saisi par la multiplicité des images, qui bougent, vont et viennent, en arrière, en avant, au-dessus. C’est beau, enrobant. D’une conversation en ligne aux jeux vidéo en passant par des écrits, des photos, des dessins, on sent déjà la complicité entre les trois artistes, mais aussi la profondeur de la recherche pour créer CHŌRA.

Après une courte vidéo qui nous fait sourire, les trois interprètes, qui semblent alors devenir des personnages d’un même monde parallèle, entrent en scène. Chacun·e ne fait ensuite qu’un avec son médium de prédilection : corps, arts visuels, musique. Les trois éléments ne coexistent pas simplement : ils dialoguent. PAX, dans toute sa virtuosité, répond et résonne aux différentes propositions sonores et visuelles. L’écoute entre les trois artistes est palpable, inspirante. Ainsi, dans CHŌRA, les disciplines s’entrelacent pour former un tout cohérent. Et c’est assez rare de voir ça sur nos scènes de danse.

Inspirée par la chôra de Platon, cette œuvre célèbre l’impermanence, l’idée que rien n’est fixe, que tout est en mouvement perpétuel. Et c’est précisément ce qui la rend si captivante. CHŌRA ne cherche pas à imposer une narration linéaire ou des réponses toutes faites. Au contraire, elle invite le public à plonger dans un espace où les questions sont aussi importantes que les réponses, où l’instabilité devient une force.

©Do Phan Hoi

Le freestyle comme ancre d’authenticité

Le collectif propose un voyage en différents tableaux. Parfois méditatifs, parfois percutants. On suit par exemple du regard, à travers les murs du dôme, un personnage mouvant et doux, au visage encadré par un soleil. La danseuse plonge, plus tard, dans un moment plus brutal et nous saisit par la sincérité de son interprétation. Dans ces moments plus sombres, plus introspectifs, les interprètes sembler puiser dans leurs propres expériences pour toucher quelque chose d’universel en nous. Dans la légèreté, on voit leur socle commun qu’est l’humour et le recul au monde trop sérieux.

Au fil de ce périple, les astuces scéniques imaginées par PAX, Lunice et Neurotypique sont vraiment intéressantes. Dans CHŌRA, la légèreté flirte toujours avec la profondeur. On ne sait pas de quoi la prochaine minute va être faite, et c’est extrêmement plaisant. Dans tous les cas, on se laisse porter, en toute confiance, par les interprètes qui nous entraînent dans leurs rires, et leurs larmes.

L’improvisation joue un rôle clé dans cette dynamique. Elle permet aux interprètes de s’adapter, de se réinventer, et de créer une expérience unique à chaque représentation. On sent que le spectacle vit, respire, et se métamorphose sous nos yeux. Ancrés dans les cultures streetdance et hip-hop, PAX, Lunice et Neurotypique évoluent avec une authenticité rare, créant les règles de leur propre univers au fur et à mesure. Ainsi, ce choix artistique rappelle à quel point, même au sein d’une structure collective, c’est l’authenticité de chacun·e qui donne sa couleur à l’œuvre. C’est aussi grâce au freestyle qu’on ressent toute la connexion entre eux, et leur sincérité dans la démarche et devant nos yeux.

CHŌRA est une œuvre profondément humaine. Malgré sa dimension technologique, elle reste ancrée dans l’émotion brute et nous touche en plein cœur. Expérience qui bouscule, qui laisse une trace, CHŌRA est une véritable plongée dans un espace de liberté, où le corps, le son et l’image se rencontrent pour célébrer l’impermanence des choses et la sincérité humaine.

PAX, Lunice et Neurotypique
CHŌRA
Jusqu’au 19 septembre
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