Braids & Heritage : autobiographie d’un parcours en danse
©Vladim Vilain
La 20e édition du Festival TransAmériques (FTA) se poursuit jusqu’au 10 juin à Montréal. Au programme : danse et théâtre des quatre coins du monde. Les artistes d’ici y occupent aussi une place de choix. Tour d’horizon.
Pour Satinée, Braids & Heritage marque deux grandes premières : sa première apparition au FTA comme interprète, mais aussi sa première longue pièce comme chorégraphe. « C’est fou de voir à quel point ce petit projet a pris de l’ampleur rapidement. Et c’est génial d’être rendu là , dit-elle. On fait partie du milieu montréalais depuis longtemps, donc c’est aussi naturel de se retrouver au FTA. »
Stacey Désilier, elle, connaît déjà la scène du FTA, en tant qu’interprète. « C’était une grande surprise quand on l’a appris, raconte-t-elle. On avait seulement présenté une ébauche pendant un open studio à Parbleux : la musique allait trop vite, les coutures de nos costumes n’étaient pas terminées, notre compositeur avait créé la musique en à peine 24 heures, mais Clara [Furey] croyait en nous et a invité du monde. » Parmi les personnes présentes, certaines travaillaient au FTA. En mai dernier, elles ont demandé aux deux artistes de créer une version longue de Braids & Heritage. « On s’inscrit tellement dans l’esprit de la programmation ! C’est vraiment précieux que notre travail ait été compris et qu’on soit si bien accueillies. On se sent à notre place », poursuit la danseuse.
Du studio de photo à la scène
Les origines de Braids & Heritage s’ancrent tout d’abord dans une forte amitié et l’envie de créer ensemble. « On était à l’École [de danse contemporaine de Montréal] toutes les deux mais toujours séparé dans les processus de création. On représentait chacune l’interprète afrodescente des castings donc on ne nous mettait pas ensemble », raconte Stacey qui a gradué en 2014. En plus d’être toutes les deux afrodescentes, plusieurs points communs rallient les deux artistes. « On a beaucoup de similitudes dans nos parcours, en danse, mais aussi dans la vie. Notre amitié, notre sisterhood, s’est formée solidement là -dessus. Nos expériences sont similaires, nos corps sont similaires. Rencontrer quelqu’un qui nous fait un effet miroir, ça nous permet de nous construire nous-mêmes. Ensemble, on a voulu explorer dans le plaisir, trouver ce que nous on veut montrer avec nos corps, avec nos voix, continue Satinée.
C’est ainsi qu’un projet photographique, Braids & Heritage, est né, en 2020. « C’était un moment pour se retrouver, parler de l’industrie de la danse, du manque de représentations, de l’émancipation, dit Stacey. On se questionnait beaucoup sur la représentation de nos origines, comment se reconnaitre dans la musique populaire et d’autres courants musicaux, comme le hip-hop. Comment ceux-ci nous ont informés sur nos identités, et la célébration de celles-ci ».
La chorégraphe Clara Furey a suivi le travail de Satinée et Stacey et en voyant les images, pensait que c’était un spectacle. « Au départ, pas du tout ! Mais elle nous alors offert du temps en studio pou d’approfondir notre recherche. Dans l’idée d’en faire une pièce, on a alors voulu faire un retour rétrospectif sur notre parcours en danse, du streetdance à la danse contemporaine. Et aussi parler de la difficulté de se trouver une communauté, d’assumer cette quête identitaire là , quand on a un parcours atypique ».
Avec Braids & Heritage, Stacey et Satinée espèrent susciter des réflexions chez le public. « Il y a beaucoup de collages d’images, de musiques, plusieurs superpositions d’éléments temporels aussi, explique Satinée. On aimerait que les gens essayent de déchiffrer tous ces petits codes cachés un peu partout dans la pièce ».
La profondeur de la réflexion est aussi quelque chose que Stacey aimerait provoquer. « J’espère vraiment que les gens vont se poser des questions, tout au long du spectacle. Que ça les mette dans une perspective de leur position face à nos réalités. On ne questionne pas seulement notre parcours en danse, mais aussi la musique, les identités, l’inclusion et bien plus ! ».
Stacey Désilier et Jossua Satinée
Braids & Heritage
Du 2 au 6 juin
Au Monument national
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