V!tal : danser l’urgence de vivre
©Sylvie-Ann Paré
Ismaël Mouaraki et sa compagnie Destins Croisés ouvrent la saison 2026/2027 de l’Agora de la danse avec une toute nouvelle création, V!tal. Présentée du 23 au 26 septembre, celle-ci incarne la joie et l’urgence de vivre, selon les mots du chorégraphe. On lui a posé quelques questions.
Quel a été le moteur de création de cette nouvelle œuvre ?
Ça faisait un moment que j’y pensais, avant Le sacre de Lila, avant la pandémie de COVID-19 même. Ça fait longtemps que notre vie mondiale d’humains interconnectés va mal, qu’on broie du noir. Je remarquais que beaucoup de pièces étaient alarmistes. Ce n’est pas un reproche, c’est important de nommer les choses importantes à nommer, mais j’avais envie d’autre chose, de revenir à l’essence qu’est pour moi la danse.
Comment décrirais-tu ce retour aux sources ?
Déjà dans Le sacre de Lila, il y avait ce besoin de parler du bonheur. J’y évoquais la culture marocaine, l’habitude de faire la fête, de danser à la maison, même lors d’épreuves. Même pendant la guerre d’Égypte, les gens écoutaient Oum Kalthoum, une chanteuse très populaire qui parlait d’amour et d’espoir finalement. Puis ensuite, il y a eu ma rencontre avec le hip-hop. À travers les sensations, la performance, la notion de se surpasser, on oublie son quotidien, on fait face à l’adversité dans laquelle on a grandi. Et tout ça laisse des traces de bonheur. C’est de ça dont je voulais parler.
Comment a évolué la pièce?
Elle a beaucoup changé. Il y a eu des deuils majeurs autour de moi, des inquiétudes autour de la santé aussi. Quand tu as une date de fin, tu en prends plus conscience et tout change de saveur : ton rapport à ton corps, à ta danse, à tes proches. Un simple regard échangé avec ton enfant n’a plus la même valeur. S’installe alors une urgence de vivre, une énergie si particulière. Et c’est ça qui a inspiré mon architecture chorégraphique. L’urgence, mais pas au sens négatif. Plutôt comme une bouffée de vie qu’il faut vivre, une décharge d’énergie. Tout offre alors profondeur et puissance. On cherche à vivre la transcendance pour connecter le subconscient et le conscient et ne pas se laisser piéger par le temps qui passe.
©Sylvie-Ann Paré
Comment as-tu élaboré la gestuelle avec tes interprètes ?
Je leur ai partagé mes expériences de vie. Ils ont alors été invités à prendre conscience de cette notion de vie. Puis dans le travail auprès d’Annie Gagnon, on est parti sur cette idée de meute humaine qui vit des expériences ensemble, qui se laisse guider par l’instinct du collectif. L’énergie vitale est incarnée dans les corps, l’espace, mais aussi la musique.
Pourquoi la musique a-t-elle une place si importante dans cette pièce ?
Dans plusieurs de mes œuvres, le compositeur travaillait dans son studio et venait seulement ponctuellement en studio. Pou Le sacre de Lila, on a travaillé avec le groupe directement en studio et ça a été une révélation. Ça crée une relation beaucoup plus intime entre les musiciens, les danseurs, les instruments, les corps des interprètes. Ça enrichit beaucoup une pièce alors j’ai voulu continuer dans cette direction. Tous les artistes étaient dans le même état d’esprit : l’incertitude, l’envie de chercher et d’accepter l’instant présent. Musique et danse sont présentes dans l’espace, on les ressent en continu. Elles sont enracinés et vivants.
Qu’espères-tu susciter chez le public ?
Je pars toujours du personnel pour créer une œuvre, mais systématiquement ça ouvre sur l’universel. Ici, je pense que c’est la notion de joie qui met en relation tout le monde. J’espère une prise de conscience d’une finitude. Ce ne sont pas des sujets qu’on a l’habitude d’aborder, surtout dans le bonheur et la pleine vie. C’est l’invitation que je veux apporter aux spectateurs. J’espère aussi redéfinir la danse, parler du sérieux, mais donner une énergie qui nous interpelle, qui nous happe. Il y a plein de petits électrochocs dans la pièce. L’objectif est de choquer dans le sens de secouer, recevoir de l’énergie. Comme un radio réveil corporel intense. Et on veut aussi transmettre de la douceur. C’est un peu comme un premier baiser avec un inconnu : à l’extérieur, c’est tendre et à l’intérieur, les émotions explosent. Ça nous rend vivants.
Ismaël Mouaraki / Destins Croisés
V!tal
Du 23 au 16 septembre
À l’
Agora de la danse
Toutes les infos ICI.
©Sylvie-Ann Paré