Donna The Show : réinventer l’art du cabaret
©Max Hart Barnwell
Seize ans après avoir quitté Montréal, la danseuse professionnelle Théa Barnwell revient en ville pour y présenter sa toute première production : Donna The Show. Inspirée par ses nombreuses expériences européennes, notamment au Théâtre du Friedrichstadt Palast à Berlin, l’artiste a voulu mettre de l’avant le cabaret, l’art de la revue, les showgirls. Une pratique peu présente à Montréal, qu’elle souhaite faire revivre.
Du ballet au cabaret
C’est à l’âge de trois ans que la Montréalaise Théa Barnwell « tombe en amour » avec le ballet classique. Après avoir été formée à l’École supérieure de Ballet, elle déménage à Toronto pour intégrer L'École nationale de ballet du Canada (ÉNB) pour concrétiser son rêve : devenir ballerine. « Je voulais décrocher un contrat dans une compagnie de danse classique, c’était très clair, et j’étais très motivée. Auditions, voyages dans le monde, j’ai essayé partout, se souvient-elle. J’ai été proche d’obtenir ce que je voulais, mais c’est un milieu extrêmement compétitif ».
La directrice de l’ÉNB, Mavis Staines, en 2015, lui parle alors du Friedrichstadt-Palast à Berlin. « Elle m’a dit : “Ils cherchent souvent des filles avec des longues jambes. Tu devrais l’essayer “. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais j’y suis allée », poursuit-elle. Véritable institution berlinoise, le Friedrichstadt-Palast produit des spectacles depuis plus de 100 ans et s’est spécialisé dans l’art du cabaret. Chaque année, plus de 250 spectacles y sont joués. Une fois sur place, la jeune danseuse assiste tout d’abord à un des spectacles. « C’était la première fois que je voyais un spectacle de showgirls et de suite je me suis dit “je veux être une de ces filles-là“ », raconte Théa.
Après un premier essai raté, Théa retente sa chance et est prise comme danseuse. Elle passera alors six ans dans la compagnie. « Je me suis retrouvée en tant que personne, et en tant que femme. J’ai toujours été confortable dans mon corps, bien avec ma sensualité, extravertie et qui aime m’exprimer. J’aimais le ballet pour l’élégance, la finesse, la beauté et l’entraînement qui va avec. Encore aujourd’hui, mon corps est pleinement satisfait seulement quand je fais une barre de ballet. Mais le ballet n’était pas un milieu assez explosif pour moi. Avec le Friedrichstadt-Palast, j’avais les deux. Ils sélectionnaient seulement des danseuses classiques, on s’entrainait en ballet tous les matins, mais sur scène, on pouvait danser en talons, des chorégraphies plus commerciales aussi, parfois plus contemporaines », développe la danseuse.
Après une pause d’un an où elle croyait « passer à un nouveau chapitre », Thea a finalement repris les spectacles de showgirl, mais cette fois-ci, sur un bateau de croisières. « Les coulisses avec les filles, les perruques, le maquillage, la vibe, la complicité, l’ouverture, les corps assumés, it feels so me. Je m’étais beaucoup ennuyé de tout ça », se rappelle-t-elle. C’est lors de ce contrat qu’elle se questionne alors sur son avenir. « Je me suis promis de rester dans cet univers, mais il fallait que je trouve une manière. J’approchais 30 ans, je voulais des enfants, je n’allais pas pouvoir être sur scène toute ma vie. Alors j’ai eu l’idée de créer mon propre spectacle ».
©Max Hart Barnwell
De Berlin à Montréal
Musiques, thèmes, lumières. Pendant son temps solitaire en croisière, Théa imagine son spectacle de rêve. Bien qu’elle ait déjà Montréal en tête, elle souhaite débuter avec Berlin : elle a déjà les contacts, les danseuses, etc. Côté danse, elle fait appel à trois chorégraphes : Lydia Holt de Londres, Amber Ivers de Brisbane et le montréalais Guillaume Michaud. Donna The Show était né.
Après deux spectacles en novembre 2025 à Berlin, qui ont été un succès, la productrice se lance donc à la conquête de sa ville natale. « Tant qu’à chatouiller Montréal, et contribuer à la danse ici, j’ai voulu apporter le même concept, la même chorégraphie, le même spectacle, mais en embauchant des danseuses locales. Ça me permettrait aussi de renouer avec un milieu que j’ai quitté il y a 16 ans », raconte-t-elle. Pour sa recherche, Théa regarde la technique des filles. « Ici, il n’y a pas vraiment de danseuses de ballet qui ont côtoyé le milieu du commercial ou du heels. Ce n’est pas comme en Europe. Les opportunités sont plus sculptées, donc les mondes se croisent moins, pense-t-elle. Je me suis donc surtout attardé à leur façon de danser, sans forcément prendre en compte leur background. L’important était qu’elle puisse danser en talons, être confortable ». La productrice vérifie aussi la taille des artistes (au moins 5,5 pieds) et leur corps. « Oui, les filles doivent être minces, grandes, très entraînées. Je suis habituée à ces corps-là et ce sont ces corps-là qu’on voit dans des institutions de haut niveau professionnel. Il y a donc un type de corps à avoir pour garder la continuité esthétique du cabaret ». Pour sa version montréalaise, Donna The Show sera donc incarné sur scène par Kaia Portner, Tessie Isaac, Elizabeth Parenteau et Maïka Martel. Deux pole dancers s’ajoutent au casting : Kheanna Walker et Minji Kim
©Max Hart Barnwell
Loin des clichés
« Le cabaret donne beaucoup d’espace de liberté, et à Berlin, ça fait partie de la culture. Les gens ne voient pas ça comme de la provocation. Évoluer dans ce monde-là m’a donné beaucoup de confiance », livre Théa. C’est en effet en toute sérénité qu’elle a pu passer sa carrière de showgirl, en dépassant les clichés. « Il a des spectacles plus burlesques, plus osés, avec de la nudité, qui peuvent poser des questions et je le comprends. Mais pour moi, c’est très clair : la sensualité est belle, pas provocatrice. Pour moi, si on prend des tenues révélatrices, mais avec une esthétique très développée, des lumières, un univers, il y a de la recherche, du goût donc ça ne m’inquiète pas du tout pour le public ».
Pour elle, Donna The Show permet de donner une perspective plus artistique à la sensualité de la femme ». « C’est très libérateur de danser comme ça, mais aussi de voir des femmes bouger avec confiance, affirme-t-elle. Et malheureusement, c’est un type de spectacle qui se perd. Même en Europe, à part le Crazy Horse à Paris, il n’y en a pas beaucoup.
Ainsi, avec cette première production, Théa espère inspirer le public. « Donna The Show, c’était mon rêve et il est devenu réalité alors je veux que les gens rêvent eux aussi ! conclut-elle. Ce n’est pas juste du divertissement, un spectacle. Il y a aussi un message sur l’importance des rêves, et si on va plus loin sur la beauté de la vie.
Théa Hart Barnwell
Donna The Show
Les 12, 20 et 21 mars
Au Théâtre Plaza
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