II. FTG : musique, pouvoir et identitĂ©s

©Jeanne Tetreault

Du 21 au 24 janvier sera présentée la pièce II. FTG au MAI | Montréal, arts interculturels. Créée par l’artiste en danse Mara Dupas en collaboration avec les interprètes par Athena Lucie Assamba et Aurélie Ann Figaro, cette œuvre nous plonge dans l’univers des vidéoclips, du rap francophone et de l’afrobeats. Une façon pour le chorégraphe de crier son amour pour la musique, mais aussi d’évoquer des rapports de pouvoir et des rôles de genre.

« Les origines de cette pièce se situent vraiment dans mon intérêt pour la musique, mais aussi ce qu’il y a derrière l’industrie musicale. Il y a des dynamiques très intéressantes à creuser », se souvient Mara Dupas qui a gradué de l’École de danse contemporaine de Montréal (EDCMTL) en 2022.

Ce sont ainsi ses inspirations musicales qui ont tout d’abord nourri sa recherche. « Aurélie m’a transmis son intérêt pour le rap francophone et l’afrobeats. On écoutait énormément de sons ensemble, on a créé des playlists, fait des recherches pour comprendre les dessous des chansons », décrit-iel.

En parallèle, les vidéoclips ont aussi insufflé un fort intérêt au chorégraphe. « Ce que je trouve intéressant, c’est que ce sont des formats très courts avec pourtant un univers complet, que ce soit au niveau visuel, sonore ou poétique. Un vidéoclip, c’est une belle croisée entre l’utilisation de la voix, les postures, les silhouettes, les vêtements et les images, ajoute-t-il. Je trouvais qu’on n’avait pas nécessairement beaucoup de pièces qui ressemblent à des vidéoclips ou à des concerts mouvants. Alors, j’ai eu envie de me plonger là-dedans ». Ainsi, II. FTG est construite comme une succession de tableaux. « On explore beaucoup de choses dans un temps qui est restreint, mais tout de même immersif. Chaque musique devient un univers possible. Il y a aussi une sorte de nettoyage de l’espace entre chaque scène, une sorte de reset, un retour à zéro. Mais est-il réel ? Les personnages meurent-ils vraiment à la fin ou y a-t-il un trop-plein dans le corps qui traverse toutes ces étapes ? », se questionne-t-iel encore.

La succession de tableaux crée aussi un effet chez l’audience que Mara trouve très pertinent. « Ça produit beaucoup de distorsions, de traces, d’impacts avec les paroles, les vêtements et les lumières sur les corps. Ça construit un ensemble où le regard se balade de façon très circulaire, un espace de partage entre les interprètes, mais aussi entre plusieurs genres, musicaux, identitaires, qui se rencontrent. C’est comme plusieurs fictions mises en parallèle. On tisse des liens entre des choses qu’on n’aurait pas rapproché côte à côté », élabore l’artiste qui développe présentement sa pratique en écriture.

Même le jour de la première, le chorégraphe n’est pas certain d’avoir un travail final. Pour lui, l’enchaînement des tableaux pourrait être tout autre et entrainerait des changements dans la dramaturgie. « Je le vois comme un vortex, un tunnel à travers différents mondes. C’est la nature même d’avoir différents tableaux. Il pourrait y avoir d’autres clips, créés à l’infini, qui passent en boucle à la télé », pense-t-il.

©Jeanne Tetreault

Connexions

Pour créer II. FTG, Mara s’est entouré pour une deuxième collaboration d’Aurélie Ann Figaro et, pour la première fois, d’Athena Lucie Assamba. « Ce sont deux personnes qui ont une approche très approfondie de leur art, qui sont curieuses et très talentueuses alors c’était une évidence pour moi », dit-iel.

C’est la toute première fois que Mara chorégraphie pour plus qu’un.e interprète. Et ce choix de former un duo « prenait tout son sens » avec la pièce. « J’avais envie de parler de rôles de genre, de postures, de dynamiques de pouvoir alors j’avais besoin de plus qu’un corps dans l’espace. Le duo permet, selon moi, quelque chose d’encore intime, proche de l’individu, tout en ouvrant à des jeux, à des choses qui peuvent s’interchanger. Enfin, avoir deux interprètes sur scène permet aussi à l’œuvre différents plans et de la superposition », poursuit celui qui est aussi passionné de cinéma.

Côté gestuelle, Mara s’est laissé inspiré par les interprètes, en amenant en studio des pistes et des systèmes d’improvisation. « Après qu’elles aient dansé, on discutait pour voir dans quoi elles étaient plus à l’aise, et déceler les idées que j’avais appréciées pour essayer de creuser davantage, se souvient-il. Ce que j’aime beaucoup, ce sont les détails, les gestes des mains et les postures ». Ainsi, dans II. FTG, les tableaux et les trajectoires sont très définis. Pour s’y rendre, les interprètes ont cependant une certaine liberté, ce qui va créer des variations à chaque représentation.

Plus tard dans le processus s’est greffé un troisième protagoniste, Djeff Jean-Philippe aka DJ Chef Jeff. « La musique live apporte un élément de crédibilité à l’œuvre et fait référence à la culture des clubs, d’où vient l’afrobeats. Cela permet aussi un dialogue plus fluide entre les mouvements sur scène et la musique. Tous deux s’adaptent, varient ensemble », décrit Mara. Le fait que DJ Chef Jeff soit éclairé ou non dans certains tableaux illustre aussi la narration de la pièce.

Pour sa première pièce de groupe, Mara espère créer un ressenti physique chez les spectateur.rices mais aussi des réflexions. « J’espère qu’un étourdissement aura lieu chez elles et eux, un trop-plein visuel et sonore, mais je souhaite aussi qu’ils et elles aient l’impression d’être invité.e. dans un espace intime, précieux, qui n’est pas nécessairement destiné à être complètement ouvert, conclut-il. Mon but serait d’amener des questionnements par rapport à la posture d’observateur.rices, des questions sur le regard, sur les choix de ce qu’on montre, de ce qu’on cache, de ce qu’on veut voir ou non. Plus largement, ce sont des réflexions sur notre façon de consommer des images, comme le fait de scroller sur nos applications par exemple. Où notre regard décide-t-il de se diriger, de s’attarder ? ».

Mara Dupas
II. FTG
Du 21 au 24 janvier au MAI | Montréal, arts interculturels

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